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Classification des polices

En typographie, on peut classer les différentes fontes selon plusieurs classifications dont les deux plus connues: Thibaudieau et Vox Atypi. La première, la plus simple, est basée sur la présence ou non d'empattements. Cette classification a été améliorée quelques années plus tard grâce à Maximilien Vox. Elle est plus complexe et demande un peu de pratique avant de pouvoir classer les polices de caractère d'un seul coup d'oeil.

Classification Thibaudeau

En 1921, Francis Thibaudeau donne son nom à la première classification divisée en 4 grandes familles, rassemblées selon la forme des empattements. Cette classification se calque sur la chronologie des usages de l'écriture. Plus tard, il rajoutera deux autres catégories: les Écritures pour les scriptes et les Fantaisies pour les caractères publicitaires.

1. Elzévir

La catégorie Elzévir regroupe les polices à empattements triangulaires: Garamond, Palatino, Times...

Empattements - Elzévir

2. Didot

La catégorie Didot regroupe les polices à empattements très simplistes en forme de fins traits: Didot, Bodoni, Baskerville... Ils correspondent aux Didones de la classification Vox Atypi.

Empattements - Didot

3. Égyptienne

La catégorie Égyptienne regroupe les polices à empattements rectangulaires: Memphis, Rockwell... Elles correspondent aux Mécanes de la classification Vox-Atypi. Ces caractères ont des empattements rectangulaires.

Empattements - Egyptienne

4. Antique

La catégorie Antique regroupe les polices sans empattement: Futura, Univers, Arial, Helvetica... Elles correspondent aux Linéales de la classification Vox Atypi.

Empattements - Antique

Classification Vox Atypi

En 1952 Maximillien Vox invente une nouvelle classification reprenant onze classes différentes. En 1962 elle est adoptée par l'Association typographique internationale (Atypi). Cette classification regroupe les polices de caractères selon de grandes tendances, souvent typiques d'une époque, et ce, en s'appuyant sur un certain nombre de critères: pleins et déliés, formes des empattements, axe d'inclinaison, taille de l'œil, etc.

Les familles peuvent être regroupées entre elles:

  • classiques: empattements triangulaires, axe plus ou moins incliné, faible contraste plein délié: Humanes, Garaldes et Réales
  • modernes: traits simples, fonctionnels: Didones, Mécanes et Linéales
  • calligraphique: Incises, Scriptes et Manuaires

1. Humanes

Originaires de Venise, les Humanes reçoivent parfois le nom de Vénitiennes. Elles s'inspirent des textes du Moyen Age que les humanistes avaient transmis en écriture caroline et y joignent des capitales inspirées d'inscriptions lapidaires romaines. Ces caractères dits romains ont servi à émanciper l'imprimerie du manuscrit qu'elle avait copié au début par l'utilisation des caractères gothiques.

Legacy Serif

La caractéristique la plus remarquable, mais pas indispensable, est la barre oblique du « e » bas de casse.

2. Garaldes

Issues de la Renaissance italo-française, les garaldes s'écartent de l'influence manuscrite. Utilisées durant les XVIe et XVIIe siècles, ce sont les caractères de l'époque classique de la typographie, mais leur finesse est souvent annihilée par la pression importante entre papier et caractères. Leur tracé se fait plus rigoureux que celui des Humanes.

Garamond Vox

Le nom des Garaldes est constitué à partir des noms de deux de leurs principaux promoteurs: Garamond et Alde Manuce. Ce dernier leur adjoignit les italiques. Par leur noblesse, les Garaldes connaissent un regain de succès depuis le reflux de la vogue des lettres construites et austères de l'époque moderne.

3. Réales

Caractères de la première moitié du XVIIIe siècle, ils sont marqués par l'époque des monarchies de droit divin et par l'esprit rationnel des encyclopédistes. Compromis entre la lettre écrite et la lettre construite, ils sont utilisés dans les journaux du monde entier et dans l'édition pour leur qualité de lisibilité et leur résistance aux contraintes techniques.

Times Vox

S'écartant un peu plus d'un dessin empreint de l'influence de l'écriture manuscrite, les réales poursuivent le processus de rationalisation déjà entamé avec les Garaldes.

4. Didones

Les principaux promoteurs des Didones sont Didot en France et Bodoni en Italie. Caractères fragiles, leur utilisation a été rendue possible par l'amélioration des conditions techniques. Créés à la fin du XVIIIe siècle, ils seront utilisés durant tout le XIXe siècle et jusqu'au début du XXe siècle. D'un rendu austère et d'un gris typographique marqué, ils ne manquent pas d'une certaine majesté.

Didones Vox

Ils combinent à la fois la rigueur et théâtralité, ce qui leur vaudra un usage intensif dans les secteurs de la mode ou du luxe.

5. Mécanes

Produites au début de l'ère du machinisme, les mécanes seront en usage durant le XIXe siècle pour la réclame. Leur usage s'élargira au XXe siècle par le recours à de légers pleins et déliés permettant de les utiliser comme caractères de texte. Dans leur version maigre, les mécanes ont un empattement filiforme, mais la quasi-absence de pleins et déliés permet de les distinguer des Didones.

Mécanes Vox

Pour les Mécanes anglaises, l'empattement du bas se raccorde au fût par un congé arrondi comme pour les Humanes, Garaldes et Réales. Pour les Mécanes italiennes, les empattements sont exagérés comme dans les affiches de western.

6. Linéales

Linéales
Ce sont les Mécanes débarrassées de leurs empattements. Cette version minimaliste de la lettre, libérée des empattements, crochets et attaques, permet davantage de déclinaisons, du très maigre au très gras, de l'étroite à la large. Créées au XIXe siècle, les Linéales sont dites à bâtons et rappellent les inscriptions monétaires grecques.

Linéales Vox

Elles sont aussi appelées « gothic » en Amérique, « Grotesk » par les Allemands et « égyptiennes » par les peintres en lettres.

7. Incises

Si la classification Vox-Atypi reposait jusqu'ici sur une base essentiellement chronologique, elle s'en écarte à présent. Les incises s'inspirent en effet des caractères gravés dans la pierre, principalement dans l'antiquité gréco-latine. On rattache aux incises des polices très différentes mais possédant quelques traits particuliers: l'aspect « gravé », la présence d'empattements (ou d'amorces d'empattements) en forme de triangle (Copperplate) ou la forme évasée des fûts (Lithos).

Incises Vox

La plus connue des Incises est sans doute l'Optima, que la présence de fûts incurvés différencie des simples Linéales. Certaines Incises peuvent être proches des Manuaires ou des Décoratives.

8. Scriptes

Créées et utilisées dès le XVIIe siècle à l'imitation des écrits diplomatiques des chancelleries, les scriptes copient l'écriture courante, rapide, à main levée, à l'inclinaison souvent prononcée et avec des amorces calligraphiques. Elles seront vite réservées à certains usages particuliers et ne supportent généralement pas la capitalisation.

Scriptes Vox

Il s'en trouve de très fines et élégantes comme les anglaises, mais d'autres imitent l'emploi du fusain, du feutre, du pinceau, de la brosse, etc.

9. Manuaires

Ce sont des lettres qui imitent l'écriture lente à main posée. À l'inverse des scriptes, elles ne comportent pas d'amorces calligraphiques ou de ligatures entre les lettres et peuvent subir la capitalisation.

Manuaires Vox

On peut les diviser en deux sous-groupes: les anciennes Manuaires (ou gothiques) et les modernes où se trouvent notamment les imitations de texte de bulles de BD mais aussi des onciales de l'époque carolingienne ou des imitations de gothiques.

10. Gothiques

Sous-groupe des Manuaires, les Gothiques ont été élevées au rang de classe à part entière sous le nom de Fraktur. Elles constituent les plus anciens caractères (elles imitent les manuscrits) et, à ce titre, devraient figurer en tête d'une classification chronologique. Mais dans l'imprimerie des débuts, elles furent vite remplacées par les Humanes, plus lisibles et d'un usage plus commode.

Gothiques Vox

Les Gothiques d'imprimerie présentent de nombreuses variantes: textura anguleuse des débuts (Goudy Text), rotunda plus ronde et aux capitales plus lisibles (San Marco), bastarda qui devient cursive (Duc de Berry). Elles ont surtout connu un usage intensif en Allemagne et y sont toujours appréciées.

11. Non-latines

Il ne s'agit pas d'une classe à part entière mais bien plus d'une catégorie fourre-tout où placer les innombrables polices nécessaires à toutes les langues du monde, anciennes ou modernes.

Non-latines Vox

Bien que certaines soient faciles à utiliser moyennant un apprentissage de la frappe ou le changement de clavier, la plupart nécessitent l'adaptation du système d'exploitation pour être employées. Télécharger une police sur internet ne suffit pas.

Décoratives

C'est évidemment une classe fourre-tout où l'on glissera les caractères dont le dessin comporte quelques fantaisies. Certaines combinent capitales et bas-de-casse en une seule série, d'autres n'existent qu'en capitales, d'autres encore présentent un aspect dégradé. Les possibilités sont infinies.

Décoratives

Classification W3C

Le World Wide Web Consortium a défini 5 types de police génériques. Elles ont pour objectif de regrouper des caractéristiques communes d'une police au cas où l'internaute ne disposerait pas des polices indiquées par le webmaster.

  • serif: police à empattement
  • sans-serif: police sans empattement
  • cursive: police donnant une impression d’écriture à la main
  • fantasy: police extravagante
  • monospace: police à chasse fixe

 

Réalisé le 10 septembre 2006.
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