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Les supports: Papier & Écran

On ne peut pas envisager la typographie sur écran comme on a pris l'habitude de le faire pour le papier. Tout simplement parce que ce sont deux univers opposés. À côté de l'imprimerie et ses cinq siècles d'existence, l'informatique est le petit jeunôt dont on vient de fêter ses 50 ans. Pourtant, l'automatisation et l'adaptation du support s'est fait relativement vite. Aujourd'hui, on est capable de produire des imprimés assez complexes en grosse quantité, en un minimum de temps et de très haute qualité. En ce qui concerne l'écran, on est loin de pouvoir se vanter d'une telle perfection. Voyons donc les différentes difficultés.

La résolution

Vous êtes-vous déjà servi de votre téléviseur pour afficher ce qui apparaît sur votre écran d'ordinateur ? Très vite, vous aurez compris que la résolution est tellement basse que les détails sont mangés, les textes sont baveux, les images flouent. L'écran d'ordinateur donne un meilleur rendu que la télévision et pourtant... ça reste très insuffisant pour l'impression papier ou encore la typographie.

Avec ses 72 DPI en résolution, il est loin d'égaler une impression classique à 300 DPI et encore moins une impression photo de qualité. Et si on a pris l'habitude de tout réduire à 72 DPI pour le web c'est simplement pour deux raisons. La première: l'œil humain ne perçoit pas la différence au dessus de cette résolution. La seconde: sur le web, la taille du fichier a une importance dans l'envoi des données sur le réseau. Plus le fichier est petit et plus le téléchargement sera rapide.

Inutile d'imprimer des photographies venant du web en espérant avoir cette même qualité à l'impression.

La majorité des internautes utilisent un écran 17 pouces avec une résolution de 1024 x 768. Ce qui implique une taille de 0,32 mm le pixel. Cela peut sembler suffisant pour une utilisation courante sur un ordinateur, c'est fort peu pour un affichage correct d'une police et ses variantes. L'exemple ci-dessous est flagrand. Dans une taille réduite, le Lucida donne un résultat catastrophique sans parler de l'italique.

Texte Lucida Sans
Lucida Sans - 13 pts

Les polices système

À l'installation d'un système d'exploitation comme Windows, un certain nombre de polices sont installées. Non seulement elles sont différentes suivant les plateformes (Window, Mac, Linux) mais aussi suivant leur version. Windows 2000 n'installe pas les mêmes fontes que Windows Vista par exemple. Certaines sont ajoutées, d'autres supprimées ou remplacées.

Pour garantir une fidélité dans la mise en forme, le webmaster est contraint d'utiliser les polices communes à tous les systèmes... autrement dit une dizaine ! Les moyens de téléchargement de polices fonctionnent approximativement et l'internaute reste méfiant vis-à-vis de ce procédé désuet.

Contraintes technique et pratique

À ses débuts, l'encodage des caractères se limitait à une base extrêmement maigre de 128 caractères (ASCII), étendu plus tard à 256 (ASCII étendu). Cela reste très insuffisant pour satisfaire toutes les exigences en terme d'écriture. Pour tenter de combler ce fossé, l'UFT est un système plus fourni avec quelques dizaines de millions de caractères. De quoi satisfaire un grand nombre de langues mais aussi tout une game de caractères spéciaux. Petit bémol, tous les navigateurs ne sont pas capable de les interpréter correctement.

Ca c'est pour la théorie. En pratique, les logiciels d'édition - et dans une moindre mesure les claviers - ne permettent pas de les insérer facilement. Il faut d'abord identifier le caractère, trouver le code HTML ad hoc et ajouter le code à la main. Si cela ne pose pas de problème pour quelques manipulations, cela devient vite insupportable à la longue. On préfère ajouter trois points de suspension en tapant trois fois sur le point que d'ajouter le caractère adéquat (…).

Certes l'encodage s'enrichit en même temps qu'il se complexifie, mais il ne peut pas résourdre, à lui tout seul, les problèmes que rencontre la typographie à l'écran: césure, espace, ligature, justification, graisse, etc. Heureusement, les feuilles de style résolvent une partie de ces difficultés.

L'imprimé, une fin en soi

Tous les graphistes pré-presse vous le diront, le plus important se passe avant l'impression. Une erreur dans le document et c'est tout un travail fichu. Il faut donc préparer ses fichiers minitieusement en pensant à tous les aspects techniques: trame, police, papier, couleurs...

Sur le web, la présentation pourra varier à différents niveaux:

  • support matériel: carte graphique, taille de l'écran
  • support logiciel: système d'exploitation, navigateur
  • préférences utilisateur: changement des polices, la couleur

Conséquence, une erreur d'orthographe sera nettement moins problématique sur un site web que sur une brochure imprimée à 25 000 exemplaires. Par contre, cette brochure sera vue de la même façon par tous alors qu'une page web risque de s'afficher différemment malgré toute la bonne volonté et le talent du webmaster.

 

Réalisé le 12 novembre 2006.
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